Saut qualitatif

Par q-leap

Texte : Catherine Moisy – Photos : Emmanuel Claude / Focalize

« Nous sommes maintenant reconnus pour nos solutions de tests. Nous devons développer une nouvelle notoriété sur nos offres de consultance et de formation. »

La société q-leap (saut qualitatif en anglais) se préoccupe chaque jour de la qualité des applications, sites web et autres systèmes informatiques que lui confient ses clients. Pour cela une équipe d’experts en qualité logicielle dont des testeurs, des architectes et des business analysts mettent en évidence l’ensemble des problèmes qualitatifs du système (bugs, performance, sécurité, expérience utilisateur, etc.) et proposent les mesures adéquates pour y remédier. Rencontre avec Sylvain Perez, CEO depuis 2016.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples concrets des activités de q-leap ?

Les systèmes informatiques sont conçus par des développeurs qui construisent des solutions répondant aux besoins fonctionnels des utilisateurs. Malheureusement, souvent, personne n’a défini concrètement le niveau de qualité attendu et le produit peut parfois ne pas répondre aux exigences qualitatives de rigueur.

Nos experts, eux vont confronter le système à une logique centrée sur la qualité attendu par le client, avec des critères comme la performance (vitesse d’exécution), la sécurisation des données, la réaction du système en cas de montée en charge, la non régression, etc.Ils amènent les clients à se questionner au sujet des attributs qualitatifs espérés de leur système, question encore trop rarement posée de manière explicite.

Comment l’entreprise est-elle née ?

q-leap a été créée en 2012 par Hubert Schumacher, multi-entrepreneur de l’économie numérique. Il s’était rendu compte que le testing était le parent pauvre du web et des nouvelles technologies de l’information. Il avait anticipé le fait que les utilisateurs seraient bientôt sur-sollicités de propositions et qu’ils jugeraient rapidement et sans concession, les nouvelles applications proposées.  Il a donc commencé à sonder le marché pour créer une activité tournée vers le test et la qualité logicielle, qu’il s’agisse d’applications (mobile et non mobile), de services en ligne, et même de systèmes internes (qui n’ont pas forcément d’interface utilisateurs, mais dont le dysfonctionnement peut être lourd de conséquences).

Le marché a-t-il été convaincu ?

A l’époque, le marché de l’assurance qualité était essentiellement internalisé dans les services informatiques des grandes entreprises comme les banques ou les assurances qui ne s’occupaient principalement que de la conformité des besoins fonctionnels. Pour les autres entreprises, les activités d’assurance qualité étaient peu répandues, couvraient peu d’attributs qualitatifs et les problèmes apparaissaient souvent une fois l’application déployée et utilisée. L’activité a démarré lentement puis, en 2013, Luxaviation est devenu notre premier client important pour un projet CRM. Ils ont été très satisfaits par la qualité de nos services et nous ont confié l’ensemble de leurs activités informatiques. Cela nous a amenés à étendre la notion de qualité à tous les stades d’un projet informatique. Nous ne voulions pas nous substituer à d’autres prestataires et proposer l’ensemble des services informatiques mais nous avons compris que la qualité à chaque étape d’un projet informatique était essentielle et constituait le fil rouge de notre offre. Nous avons alors recruté des business analysts, spécialistes des secteurs d’activité de nos clients, des experts en architecture informatique et des chefs de projet qui, en plus de leurs compétences premières, sont des experts dans la définition et la gestion de la qualité logicielle. Ces différentes compétences sont nécessaires pour mener à bien un projet, faire prendre conscience au client des enjeux qualitatifs de ses applications et lui éviter ainsi de tomber sur des problèmes critiques avant ou après un déploiement.

Dans quels cas fait-on appel à vos services ? Qui sont vos clients ?

Nous intervenons dans des cas assez variés. Parfois nous sommes sollicités dès le début d’un projet et sommes intégrés à l’équipe ; parfois il est fait appel à nous juste avant la livraison d’une solution, quand la pression monte avant le verdict du client final ; enfin, il arrive que nous soyons appelés après un déploiement, si quelque chose se passe mal. Nos clients sont soit des sociétés utilisatrices qui souhaitent contrôler la qualité des solutions informatiques qu’elles achètent ou font développer, soit des sociétés qui développent des applications. Nous avons aussi de plus en plus de startups qui ont besoin de tester soigneusement leurs solutions avant de les commercialiser, sachant que la sanction du marché est immédiate et sans pitié. Pour le moment, nos clients sont plutôt basés au Luxembourg mais comme notre notoriété progresse rapidement, il arrive qu’on vienne nous chercher de plus loin.

Depuis 2014, vous organisez chaque année le « Luxembourg Software Testing Event » au mois d’octobre. Quel est l’objectif de ce rassemblement ?

Nous souhaitons avant tout faire prendre conscience de l’importance du test, faire connaître les différents métiers que ce secteur recouvre et les valoriser. Le but est aussi de réunir la communauté des testeurs. C’est notre plus grand événement marketing de l’année. Nous y faisons intervenir des chercheurs, des clients pour des retours d’expérience et même des concurrents, pour avoir une vraie représentativité de l’état de l’art en matière de test. La première année nous avons eu 40 participants, puis 60 et l’an dernier une centaine. Nous en attendons encore plus en 2018.

Vous parliez de la communauté des testeurs. Est-il facile de recruter dans ce métier ?

Non ce n’est pas facile, d’autant plus que nous souhaitons recruter exclusivement des profils expérimentés, capables de travailler immédiatement en autonomie et de s’intégrer rapidement au reste de l’équipe, sans gros écart de compétence. Cela nous amène à être très sélectifs sur les candidatures que nous recevons. Nous sommes en veille permanente et nous multiplions les canaux de recrutement en utilisant à la fois notre site internet, la cooptation, les forums de recrutement, les réseaux sociaux… Comme il n’existe pas à proprement parler de cursus de testeurs informatiques, les personnes que l’on reçoit sont issues de filières informatiques et scientifiques assez variées. Les compétences analytiques représentent une part importante du processus de recrutement puisqu’on ne peut pas s’appuyer sur des diplômes. Un bon testeur est quelqu’un de curieux, de méticuleux, et qui prend du plaisir à chercher et découvrir les malfaçons d’un système.

Que mettez-vous en place pour attirer et garder les talents ?

Nous soignons l’attractivité de l’entreprise en rémunérant la compétence à son juste prix et en proposant un environnement de travail agréable, en plein centre-ville. Nos locaux actuels vont nous permettre de monter jusqu’à un effectif de 50 personnes (35 employés actuellement, ndlr). Quand nous devrons déménager, nous ferons tout pour rester en ville. Par ailleurs nous développons un esprit de tribu et nous valorisons énormément les métiers du testing, ce qui n’est pas forcément le cas dans des sociétés plus généralistes ou centrées sur le développement.

Votre univers semble très masculin. Est-ce que le manque de profils féminins n’est pas problématique ?

Vous avez raison de le souligner. Quand on teste des applications, avoir une diversité des profils de testeurs est important pour refléter la diversité des utilisateurs. Aussi, pour certains clients, par exemple ceux qui souhaitent personnaliser l’expérience utilisateur en fonction du profil de celui-ci, nous constituons des panels spécialement calibrés pour la mission, avec un mix de profils sur mesure. Dans ce cas, ce ne sont pas des professionnels du test mais ce n’est pas gênant car ils ne doivent pas intervenir sur des aspects techniques. Ils doivent, par exemple, suivre des scénarios de navigation sur des sites web et sont observés par un professionnel qui lui, note le temps nécessaire pour faire telle ou telle opération, les anomalies, les hésitations, les cheminements utilisés etc.

Vous êtes personnellement engagé dans le Code Club Luxembourg. En quoi consiste votre intervention et pourquoi est-ce important pour vous ?

A l’origine, les Codes Clubs ont été créés en Angleterre pour initier les enfants à la programmation. Au Luxembourg leur lancement date de 2013. Il y a plusieurs clubs dans le pays. J’ai rejoint celui de Bertrange en 2014. Tous les mercredis, je co-anime un atelier gratuit pour des enfants de 8 à 12 ans. Ce sont des cours très amusants avec beaucoup de jeux, des animations, des démonstrations d’impression 3D ou des démontages-remontages d’ordinateurs. Je fais cela par passion, comme les autres animateurs, mais en plus cela me met en contact direct avec les processus d’apprentissage et de compréhension des technologies, ce qui est important pour mon métier.

Quels sont vos souhaits pour l’avenir de q-leap ?

Mes priorités sont la blockchain, le machine learning et les objets connectés. Je voudrais que nous acquérions et proposions une réelle expertise dans ces domaines.

 

Sylvain Perez vit au Luxembourg depuis 15 ans. Il a été recruté chez q-leap en 2014 pour développer le département architecture et s’est vu proposer le poste de CEO fin 2015.